Les 2ème et 3ème séances du club du Livre se sont tenues le 4 décembre 2009 et le 8 janvier 2010 à 19h30 dans la salle des associations et salle des mariages de la Mairie. Les livres présentés ont en commun d'évoquer la Femme en Provence mais aussi les sujets qui lui sont liés tels le déracinement, l'exil, l'immigration l'amour et la violence que bon nombres d'entre elles ont eu à connaître à différents moments de l'histoire.
Une Vie De Simone Veil. Editions LGF. 2009.; 343 pages. 7,50 €
Résumé :
Simone Veil, est une femme politique française née Simone Jacob le 13 juillet 1927 à Nice. Dans cet ouvrage de mémoire elle revient sur son enfance et adolescence sur la côte d'Azur et dans sa ville natale, là même où elle fut dénoncée comme juive et contrainte avec sa famille à la déportation vers les camps d'extermination nazis. Au-delà de cette expérience douloureuse qui verra périr une bonne partie de sa famille, c'est surtout le récit de ses expériences et engagements, notamment au nom de la mémoire des crimes passés, de l'Europe et des droits de l'homme.
Descriptif détaillé
Une vie : ce titre modeste est explicitement emprunté au roman de Maupassant, "pour décrire un parcours qui ne doit rien à la fiction". On apprend vite, que celle de Simone Veil n'est pourtant pas une vie comme les autres. Dans ce livre qui fut très attendu, écrit alors qu'elle venait de fêter ses 80 ans, Simone Veil évoque les différentes facettes de son existence. Elle jette sur ce parcours un regard simple, servi par une écriture neutre et dénuée de tout effet de style. Pas plus que de style, il n'est vraiment question ici d'intimité : les origines familiales sont assez précisément décrites, mais pour la suite, si la famille de Simone Veil (son mari Antoine, leurs enfants et petits-enfants) est quelquefois évoquée, c'est du parcours public qu'il s'agit principalement. Un parcours à travers l'histoire et la politique.
Le récit suit un ordre chronologique, en commençant par l'existence heureuse de cette petite fille juive, issue d'une famille parisienne, les Jacob, installée à Nice en 1924, et appartenant à une moyenne bourgeoisie un peu déclassée. Simone Veil dit bien ce qu'elle doit, paradoxalement, à ses parents qui lui ont tant transmis mais qui n'ont pas été là pour voir ce qu'est devenu leur enfant. La guerre et la déportation donnent rétrospectivement une tonalité particulière à ces pages sur l'enfance. Cette famille de Français républicains, laïcs, patriotes, nullement pratiquants, n'est pas épargnée par les persécutions. C'est par un terrible concours de circonstances qu'elle se trouve prise dans la nasse et déportée. Passé par Auschwitz-Birkenau, puis Bobrek, et enfin, face à l'avancée des armées soviétiques, par Bergen-Belsen, où survient la libération, l'auteur relate la vie dans les camps, où le fait d'avoir menti sur son âge lui permit d'être sauvé mais pas d'éviter l'enfer - l'extrême dureté de la vie quotidienne, les violences de toutes sortes. Et surtout la mort des êtres chers : les deux parents et son frère.
Après la guerre, il lui fallu revivre et se réinsérer dans une société choquée par la guerre et incapable d'écouter les déportés. Elle entreprend des études, rencontre et épouse Antoine Veil, qui a "le même profil social et culturel que les Jacob. En 1954, alors qu'elle a un mari et trois enfants, elle se lance dans la vie professionnelle ; elle est magistrat et travaille jusqu'en 1964 dans l'administration pénitentiaire. La politique est déjà présente, mais Simone Veil n'est pas une militante, et elle ne le sera jamais : quoiqu'engagée et pleine de convictions, quoique femme de pouvoir, elle n'est pas véritablement une "femme politique". Malgré le passé douloureux occasionnés par les nazis, ils défendent l'amitié franco-allemande. L'année 1974 marquera une rupture : elle entre dans le gouvernement de Jacques Chirac, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Parmi divers chantiers, le morceau de bravoure, c'est la légalisation de l'avortement. En 1979, elle devient la première présidente du Parlement européen. Le pouvoir comporte ses joies, mais aussi ses amertumes. Elle reprendra sa liberté en 1997, en quittant l'UDF.
Installée au cœur du pouvoir, elle n'en est pas moins critique sur les institutions de la Ve République en particulier. Elle leur préfère le modèle institutionnel allemand. En mars 2007, ont pris fin ses fonctions au Conseil Constitutionnel et, avec elles, son devoir de réserve. Le dernier chapitre, "La lumière des justes", rend un hommage appuyé à Jacques Chirac, qui a, en 1995, reconnu la responsabilité de l'État français, et à la mission Mattéoli (Mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France) ; Le livre se termine avec l'évocation de ces derniers combats et de la douceur de la vie familiale aujourd'hui. À la fin du volume figurent un certain nombre d'annexes intéressantes - des discours prononcés en diverses occasions agrémentés de photos.
Critique + et -
Il est sûr que, le modèle et le peintre étant une seule et même personne, le portrait est parfois complaisant. C'est un des dangers de l'autobiographie. Mais quelles sont donc ses idées ? Elles sont somme toute assez constantes. L'élément unifiant l'ensemble est peut-être le désir d'Europe, fondé sur un désir de paix : cette génération veut éviter que ne se reproduise le drame. Jamais ses convictions européennes n'ont fléchi. Elle regrette que les politiciens français prêtent si peu d'attention à la question européenne.
Il y a donc beaucoup à dire sur la cohérence politique ; s'agissant du livre, on peut regretter qu'il demeure finalement peu personnel et qu'il soit écrit dans la perspective de la justification et de la présentation la plus convenable qui soit, pour ne pas dire convenue et officielle. Reste, en revanche, une vraie grandeur, dans le courage et l'engagement.
Les Treize desserts
De Camille Bordas. Editions Joëlle Losfeld ; 2009. 230 pages. 20,00 €
Résumé:
Inès a quinze ans à la mort de son père, un communiste espagnol exilé dans le sud de la France à la fin de la guerre civile. Elle doit alors quitter la ville Arles, la ville de son enfance, pour s'installer à Paris chez son frère Pablo, de vingt ans son aîné. Elle découvre qu'il vit dans l'opulence et semble se livrer à des activités douteuses... Mais Pablo abandonne très vite son rôle de tuteur et laisse Inès seule face à des désirs et des idéaux dont elle n'est soudain plus si sûre. Elle parcourt les rues de Paris, l'Andalousie de ses origines, le Mexique et finalement les États-Unis, où la conduit son improbable rencontre avec un célèbre musicien
Critique + et -
Avec causticité, Inès s'interroge sur les personnages mystérieux de son roman familial dont elle sait finalement peu de chose. Les treize desserts se lit comme une chronique d'initiation qui nous plonge dans le désordre d'une existence traversée par les éclats d'une enfance provençale. Il n'en demeure pas moins que le lecteur a du mal à s'attacher au récit de l'héroïne. Un manque de souffle navrant, lié à une écriture simpliste. Difficile exercice que celui de vivre et de renouer avec les perceptions d'une enfance vécue en pointillés. Rien d'original si ce n'est l'aboutissement du rêve d'une adolescente partie à la recherche d'une histoire d'amour avec sa vedette préféré. Beau scénario pour une émission de réalité show. Cela aurait pu être un beau roman.
Biographie de l'auteur
Camille Bordas est née en 1987. Les treize desserts est son premier roman.
Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye. Prix Goncourt 2009.
Editions Gallimard. 2009 ; 316 pages, 19 €.
Livre traitant des femmes & écrit par une femme française d'origine africaine. Une auteure dont le parcours personnel est plus que jamais au centre de l'actualité culturelle et politique de notre pays. La Provence où vivent de nombreuses femmes issues de l'immigration nous donne l'occasion de lire ou relire le dernier prix Goncourt. L'avis d'un homme sur ce récit féminin est instructif. Philippe Calmon s'en est fait le porte-parole.
Résumé
C'est un roman qui se compose de trois histoires indépendantes qui se déroulent entre l'Afrique et la France, avec en fond, les traumatismes de l'émigration et des relations familiales difficiles.
Descriptif
La première histoire concerne Norah, née en Algérie et dont la mère part en France avec tous ses enfants. Le père remmènera uniquement son fils au pays. Norah fait de brillantes études et devient avocate. Elle se marie et a deux filles. Un jour, son père insiste pour qu'elle revienne le voir. S'ensuit la description de difficultés relationnelles avec son père, avec son mari et un combat pour sortir son frère de prison.
La deuxième histoire met en scène Fanta qui vit en France, mariée avec un enfant. Le récit concerne majoritairement son mari qui vit une relation difficile avec Fanta et son fils. Malgré cette situation, il a peur de voir sa femme partir avec l'enfant.
Enfin, la troisième histoire décrit l'émigration forcée de Khady Demba, jeune femme veuve, que la famille fait partir pour avoir une bouche de moins à nourrir. L'auteur relate la vie d'hommes et de femmes réduits à l'état de bêtes affamées et asservies à un certain nombre de personnes qui les exploitent dans leur fuite, quelquefois tout simplement pour survivre eux-mêmes.
Style
Le style d'écriture est assez particulier et quelquefois déroutant, constitué de phrases particulièrement longues, riches de qualificatifs successifs, qui génèrent lourdeur, découragement et acharnement. La construction de la phrase reste parfaite et le style plus académique que poétique. Ce style alambiqué est beaucoup plus présent au début, alors que dans la dernière histoire, les phrases sont plus courtes. Paradoxalement, on passe de situations relationnelles psychologiquement difficiles à la description de comportements de plus en plus malsains.
Critique + et -
Ces trois femmes étaient-elles puissantes ? L'auteur décrit des femmes qui prendraient en main leur destin, quelquefois jusqu'à la mort. Est-ce un livre sur les femmes ? Le roman n'aurait-il pas pu être écrit de la même façon si cela avait été trois hommes ? Plutôt que dire que c'est un roman que je n'ai pas aimé, je préfère dire que c'est un roman déroutant, à la fois par le style et les récits. C'est un roman noir, dans lequel il n'y a pas un seul personnage pour lequel on puisse accorder un peu de confiance, pas d'amitié, pas d'amour, des trahisons répétées, une absence totale de sentiment autre que celui de peur. C'est peut-être justement cela que l'auteur a voulu décrire.
L'auteur : Marie Ndiaye. Née en 1967 à Pithiviers. Elle est l'auteur d'une douzaine de livres - romans, nouvelles, théâtre. Elle a obtenu le prix Femina en 2001, et ses pièces sont entrées au répertoire de la Comédie-Française. Son récent prix Goncourt a fait couler beaucoup d'encre.
Lisa au pays des cigales Roman pour enfants à partir de 8 ans. Lu et commenté par Alexandrine Calmon, 10 ans.
De Marie Schoepfer. Editions Pietra Liuzzo. 2009. 135 pages, 14,90 €.
Résumé de l'histoire
Une petite fille, Lisa, descend en Provence pour les vacances d'été. Elle commence par visiter Avignon et le Palais des Papes, puis séjourne en campagne. Là, elle vit dans un mas typique de Provence et commence à parcourir les collines environnantes. Elle rencontre un renardeau affamé, qui lui mange ses sandwichs. En fait, elle découvre que sa mère s'est fait prendre dans un piège. Lisa va ramener la mère et son petit dans un hangar, appelle le vétérinaire qui va la soigner et les remet tous les deux en liberté.
Avis personnel - Critique.
J'ai adoré parce que cela parle de la nature, il y a des animaux et surtout cela parle de la Provence, des collines pas loin de chez nous. A conseiller à des enfants qui ne connaissent pas la région.
A 8 ans, il faut un bon niveau de lecture car il n'y a pas beaucoup d'illustrations, mais elles sont très jolies. L'histoire m'a plu et j'ai aimé les côtés aventurier et courageux de Lisa.
Merci Alexandrine, nous sommes certains que ce livre plaira à d'autres enfants de Grambois.
Pour ce faire nous allons inviter Marie Schoepfer à venir le présenter lors de la prochaine édition de la Journée du Livre de Provence.
Pour connaitre l'auteur qui se dit inspirée par le Sud : cliquez ici
Rosa, de Jean-François Botella. Editions Jean-Baptiste. 17 €
Roman biographique présenté par notre amie Mireille Miot.
Résumé de l'histoire :
L'auteur conte, sur fond de seconde guerre mondiale, la belle histoire d'amour d'une jeune Polonaise, sa future belle-maman de seize ans, arrachée à sa famille, déportée en Allemagne et dont le destin croise la route d'un prisonnier Français ; Jean-Baptiste.
Le récit entraîne le lecteur dans un long périple chargé d'aventures, partant de la rafle de Sidzina en Pologne, passant par l'humiliation d'Auschwitz, le travail forcé en Allemagne et la cohabitation avec la belle-famille à Pomerols, en France.
Le voyage se poursuit au Maroc par une enrichissante expérience humaine avec les berbères des plateaux de l'Atlas. L'odyssée prend fin à Châteauneuf-les-Martigues, carrefour du destin de Rosa.
Avis personnel - Critique:
Un joli livre, très touchant. Une très belle leçon de vie et d'amour. Le conteur nous démontre que malgré les aléas de la vie, il y a toujours un coin de ciel bleu à l'horizon auquel se raccrocher. Un premier roman plein d'espoir et de partage.
Simone Weil, la quête des racines célestes, par la philosophe Sylvie Courtine-Denamy. Editions Cerf, coll. "La nuit surveillée". 160 p. 18 €
Ouvrage, lu et commenté par Marie-Antoinette Vayssettes, membre honoraire de l'APLC, qui aura su retransmettre, à tous les participants, les témoignages de celles et ceux qui tel Le Père Joseph-Marie Perrin, religieux dominicain, ont bien connu la philosophe durant son séjour à Marseille de 1940 à 1942.
Présentation
A l'occasion du centenaire de la naissance de S. Weil, Sylvie Courtine-Denamy interroge la question du déracinement, sujet étonnement d'actualité, dont souffrait la philosophe au cours de ses pérégrinations forcées et rencontres volontaires dans le sud de la France et en Angleterre pour partager les souffrances de ceux que le hasard de la naissance avait moins favorisé qu'elle. Elle y connut la condition ouvrière et agricole et prit racine dans l'inspiration chrétienne.
Résumé de l'histoire
En 1943, Simone Weil, après avoir pris la route de l'exode vers Marseille, puis celle de l'exil vers New York, a finalement réussi à se faire rapatrier à Londres dans les services de la France libre pour partager le sort de ses compatriotes. Elle y rédige son « second grand œuvre », que sa mort l'empêcha d'achever, « L'Enracinement ». En vue de la réorganisation de la France après-guerre, la philosophe formule un certain nombre de propositions politiques pour remédier à la maladie dont souffrait son époque, le déracinement. Pour porter ce diagnostic, celle qui était trop bien née, voulut se déraciner, partager les humiliations de ceux que le hasard de la naissance avait moins favorisés qu'elle, se frotter au réel. Agrégée de philosophie, elle endura successivement dans sa chair la dure condition ouvrière, puis celle du monde agricole. S. Weil affirmait haut et clair n'avoir aucune racine dans la tradition juive - « on n'hérite pas d'une religion » - même si le régime de Vichy la renvoya à son ascendance. Pourquoi celle qui prétendait être née et avoir grandi dans « l'inspiration chrétienne », le seul réel garant à ses yeux contre le désordre de l'époque, ne parvint-elle pas à franchir le seuil de l'Église, demeurant en attente, incapable pour sa part de prendre racine en ce monde ? Peut-être parce que « seule la lumière qui tombe continuellement du ciel fournit à un arbre l'énergie qui enfonce profondément dans la terre les puissantes racines. L'arbre est en vérité enraciné dans le ciel ».
Avis personnel - Critique
L'effort de l'auteur pour entrer plus pertinemment dans la pensée weilienne est manifeste, même si l'angle d'attaque choisi apparaît un peu réducteur. Comme le souligne la couverture de l'ouvrage, illustrée par la photographie de la carte signifiant l'appartenance de Simone Weil à la « France Combattante », le propos s'articule effectivement sur la dialectique « enracinement » - « déracinement » qui préoccupe la jeune femme lorsqu'elle séjourne à Marseille, et qui se déploie plus particulièrement dans les écrits de la fin de sa vie. Cette confusion semble due à un manque de clarté entre ce qui, dans la lecture de Simone Weil, appartient à l'écriture de l'intime, issue de l'expérience et des questionnements d'ordre mystique, et l'écriture du projet philosophique, destinée à être lue, et mise en œuvre de façon concrète.
La philosophie de Simone Weil est victime de la fascination exercée par la figure contradictoire de cette femme si atypique : le fait n'est pas nouveau. On regrettera toutefois qu'une fois de plus, les commentateurs s'intéressent plus aux contradictions de l'être humain qu'à la cohérence de la pensée... Notamment, aux multiples questionnements sur le rapport dérangeant de cette fille d'Israël à ses origines. Mais sur ce plan, on ne peut que constater que Simone Weil est la propre victime de ses excès, ce qui finalement colle bien à sa personnalité...
Auteur:
Philosophe, traductrice, Sylvie Courtine-Denamy, spécialiste de Hannah Arendt, est chercheur associé à l'EA 4117 (Cultures juives d'Europe et de Méditerranée) et au Centre Alberto Benveniste d'études sépharades et d'histoire socioculturelle des Juifs de l'École pratique des hautes études. Son dernier livre, « Le Visage en question. De l'image à l'éthique », interrogeait la relation d'Emmanuel Levinas à l'art pictural.
Prochaine réunion : vendredi 5 février 2010 à 19h30
la salle du conseil en Mairie.
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