COMPTE RENDU DE LA REUNION DU CLUB DU LIVRE DU 7 JANVIER 2011
Sont excusées : Marie- Antoinette, Edmée, Michelle, Yvonne, Jean-Claude.
Une nouvelle amie lectrice, Nanou Guillon, participe pour à notre réunion présidée par Corinne.
Chantal et Pierre nous accueillent chaleureusement chez eux.
Le débat au sujet d’une journée poésie suscite beaucoup de réactions, certaines favorables, d’autres non.
Philippe se propose d’élaborer un projet en démarchant les écoles et collèges de La Tour, de Vaugines et Cabrières, de La Bastide des Jourdans. Il demande de l’aide pour ces prospections.Comme l’an passé, le concours serait ouvert aux adultes. Le thème de la nature a été suggéré par Philippe et Michèle nous a trouvé un bel intitulé « Poésie sous le Chêne ». Philippe pense que le Samedi 25 juin -avant le début des vacances- peut être plus favorable pour motiver et rassembler plus de participants.Robert pense qu’on pourrait d’abord essayer de « réveiller » Grambois en instaurant une sorte de petite publication sur la poésie et la littérature pour sensibiliser tous les Gramboisiens. Corinne relève que l’organisation pesante d’une telle manifestation ne peut être assumée par seulement 3 ou 4 personnes : il faudrait que tout le club participe. La polémique fait rage pendant quelques instants et nous restons sur les propositions de Philippe qui va avancer le projet avant que le club prenne la décision de cette manifestation.
Wendy a présenté La Maison de la Mosquée de Kader Adbolah traduit du néerlandais et paru chez Gallimard en 2008 475p 23€50
L’auteur Kader Abdolah est Iranien. En 1988, pendant la révolution, il a obtenu l’asile politique aux Pays-Bas. Auteur néerlandais, sa langue d’adoption, il jouit d’une grande popularité aux Pays-Bas et tient notamment une chronique dans le quotidien « De Volkrant » qui correspond au « Monde ». Ceci est son 4ème livre. Il a d’abord publié 2 livres en persan et a travaillé comme journaliste dans un journal d’opposition en Iran.
L’histoire : vaste demeure séculaire attenante à la mosquée de la ville, la maison des « cousins, Aga Dan, le riche marchand de tapis et chef du bazar, Alsabéri, l’imam, et Aga Shodja, le muezzin, symbolise l’harmonie de la société persane reposant sur un islam modéré et sur une socle de mythes et de récits millénaires empreints de sagesse. Mais lorsque l’Iran se transforme en un guêpier de valeurs américaines, intégristes et communistes, la maison est bientôt gagnée par ce désordre nouveau. En effet, tout change quand, à la mort d’Alsabéri, son gendre Galgal occupe la charge d’imam vacante. Adoptant aussitôt une attitude arrogante, il enferme sa femme, propage un islam intolérant et poussent les fidèles de la mosquée à faire sauter le cinéma de la ville qui doit être inauguré par l’épouse du Shah. Puis il devient le bras droit de Khomeyni et contribue à l’implantation du nouveau régime à grand renforts d’exécutions. S’il condamne les dérives du fanatisme, ce roman sur les errements de l’Iran au XXème siècle ne néglige aucune des multiples facettes de ce pays, et, à travers d’innombrables personnages, témoigne tout autant d’une société attachée à son histoire, à sa culture, à un islam modéré et sage, une société vivante et moderne. Ceci est une grande fresque romanesque à la fois politique et d’une force poétique indéniable.
Le témoignage de Wendy : « Pendant mes études à l’école de journalisme, entre 1976 et 1979, j’avais comme voisin de cours, un jeune Iranien, Aga Etamaad, dont le père était ambassadeur de Perse à La Haye. L’Iran lui manquait beaucoup ; il m’a souvent raconté son pays si beau et la liberté accordée aux femmes. Sa famille n’était pas très religieuse. Je lui posais toujours la même question : « et la police secrète du Shah ? Et que se passe-t-il dans les campagnes ? Pourquoi Farah Diba n’est-elle populaire que dans les grandes villes ? ». Il ne pouvait pas me donner la bonne réponse car sa famille était naturellement très privilégiée dans le milieu diplomatique. Il me disait que j’avais une mauvaise idée du Coran dont la poésie est remarquable. A la lecture de ce livre, j’ai peu à peu compris ce que Aga voulait dire d’autant que le roman est basé sur des évènements historiques. L’auteur nous raconte en effet simplement la vie d’une famille avant et pendant la révolution. Pour moi, tout était enfin en place. Car après la chute du shah en 1979, Khomeyni a rappelé tous les ambassadeurs à Téhéran. Aga et sa famille ont obéi, malgré l’avis du gouvernement hollandais et on n’en a plus parlé… Le Corps Diplomatique Hollandais a essayé de retrouver la trace de la famille de mon ami pour leur accorder l’asile politique mais sans résultat, ils ont été exécutés. Maintenant je comprends ce qui s’est passé. Le père travaillait pour le Shah et la famille était connue pour n’être pas très religieuse. Les têtes sont donc tombées, comme toutes les autres, sans procès. »
Mireille nous présente un livre de philosophie Que suis-je et si je suis, combien ? Voyage en philosophie de Richard David Precht traduit de l’ allemand chez Belfond 2010 21€50
Un livre phénomène, vendu à plus d’un million d’ex. en Allemagne. A la fois drôle et érudite, divertissante et cultivée, une extraordinaire initiation à la philosophie, ou comment un jeune et brillant philosophe allemand dépoussière les classiques. De Descartes à Freud en passant par Star Trek et les Monty Python, jamais vous n’auriez imaginé si réjouissante approche de la philosophie.
Inspiré des trois questions kantiennes (que puis-je savoir ? que dois-je faire ? que m’est-il permis d’espérer ?), cet essai est une invitation à réfléchir par soi-même en revisitant les notions fondamentales que sont la vérité, la connaissance, la mémoire, la religion, la justice ou le bonheur. Mêlant les disciplines, ajoutant anecdotes personnelles et références inattendues, l’auteur nous guide avec esprit à travers le continent du savoir, à la découverte de nous-mêmes. Chemin faisant, il convoque aussi bien Nietzsche, Schopenhauer ou Darwin que Louis Armstrong, nous entraîne dans les îles grecques pour évoquer Socrate, cite les Beatles pour parler d’anthropologie ou Tolstoï pour nous initier au sens de la vie. Un voyage aussi enrichissant qu’amusant.
Mireille a lu aussi La carte ou le territoire de Michel Houellebecq chez Flammarion Goncourt 2010 22€
Le livre est divisé en trois parties
1ère partie : Elle tourne essentiellement autour de l’exposition de Ted Martin à partir de photographies de cartes Michelin -qui lui semblent plus parlantes que les photos qu’il avait prises des mêmes sites- et de ses amours avec Olga, belle Russe travaillant pour Michelin. Celle-ci disparaît du paysage en partant pour Moscou en cette fin de 1ère partie.
2ème partie : Ted décide de faire une nouvelle exposition. Cette fois-ci il s’agit de peinture. Ted représente des personnages dans l’exercice de leur métier. La « Série des métiers » va rendre Ted très riche. L’exposition est parrainée par …Michel Houellebecq et cette partie est essentiellement consacrée aux rapports entre Ted et Michel Houellebecq.
3ème partie : C’est peut-être la plus intéressante ; elle relate la mort du père de Ted qui décide de se faire euthanasier et l’assassinat de Michel Houellebecq. La tête de MH et la tête de son chien sont déposées sur des meubles et des lambeaux de chair et des morceaux d’os déposés autour forment un décor sinistre. Ted va être interrogé par la police et donne 2 indices : la disposition du corps fait penser au peintre Jackson Pollock et le tableau que Ted a offert à M.H. écrivain cote 90 000€ a disparu. Le meurtre sera finalement élucidé par hasard.
Le livre se lit facilement mais dixit Mireille, « je ne comprends pas son intérêt. » Dès la page 23, M.H. parle déjà de lui et les 2 dernières parties lui ont presque entièrement consacrées. Le roman est persillé de réflexions « vaches » sur des gens connus et plus étrange, il y a des digressions techniques sur les mouches notamment…
Mireille demande la controverse et nous attendons d’autres commentaires.
Philippe revient sur Sœur Emmanuelle Confessions d’une religieuse chez Flammarion 2008 414p 20€
Avant-propos : « A l’heure où ces lignes seront publiées, j’aurai trouvé en Dieu une nouvelle naissance », écrivait Sœur Emmanuelle avant de quitter ce monde. Pendant près de 20 ans, Sœur Emmanuelle a rédigé un livre de mémoires, sur lequel elle travailla inlassablement, le reprenant, le corrigeant, l’amendant, afin qu’il exprime le plus exactement sa pensée, et ce jusqu’aux derniers mois de son existence.
« Les Confessions d’une religieuse » sont le livre le plus important qu’elle ait écrit : le premier, car elle l’a débuté avant tous les autres, alors même qu’elle était encore en Egypte ; et aussi le dernier parce qu’elle l’a voulu posthume, afin de dire des choses qu’elle n’avait jamais dites auparavant, par pudeur naturellement, mais aussi par souci de rester libre.
Biographie : (16 nov. 1908 – 20 oct. 2008) Femme de cœur et d’action, Madeleine Cinquin, dite Sœur Emmanuelle, s’est fait connaître en s’installant au Caire pour s’occuper de chiffonniers d’un bidonville. A 20 ans, la jeune Belge décide de rentrer au couvent et prononce ses vœux trois ans plus tard dans la congrégation de Notre-Dame-de-Sion. Son dévouement insatiable l’amène à devenir professeur de lettres et de philosophie en Egypte, Turquie et Tunisie. C’est en 1971, à l’âge de la retraire, qu’elle arrive enfin à réaliser son vœu le plus cher : partager la vie des exclus. Elle œuvre sans répit dans la misère quotidienne jusqu’à fonder, alors qu’elle a 74 ans, une association baptisée « Association Sœur Emmanuelle » (ASMAE) pour professionnaliser ses actions et assurer sa relève. Celle-ci aide aujourd’hui plus de 60.000 enfants du monde entier. Par sa générosité et sa tolérance, Sœur Emmanuelle sait remporter le soutien de nombreuses personnalités. Elle n’a jamais hésité à médiatiser ses révoltes à la télévision, même si son franc-parler dérange quelquefois. Elle n’imaginait pas vivre la chrétienté autrement que dans l’action.
Du même auteur :
- Chiffonnière avec les chiffonniers, Les éditons ouvrières, 1977.
- La Foi des chiffonniers, Le Livre ouvert, Mesnil-Saint-Loup, 1988.
- Le Paradis, c’est les autres, entretiens avec Marlène Tuininga, Flammarion, 1995.
- Jésus tel que je le connais, en collaboration avec Marlène Tuininga, Desclée de Brouwer-Flammarion, 1996.
- Yalla, en avant les jeunes !, en collaboration avec Françoise Huart, Calmann-Lévy, 1997.
- Richesse de la pauvreté, en collaboration avec Philippe Asso, Flammarion, 2001.
- Vivre, à quoi ça sert ?, en collaboration avec Philippe Asso, Flammarion, 2004.
Le livre :
Le livre relate plusieurs cheminements. Tout d’abord, c’est le cheminement d’une étudiante qu’elle prolonge jusqu’à la cinquantaine, elle obtient progressivement, quand elle le peut, de nombreux diplômes et licences en tous genres (latin, grec, lettres, philosophie,…) qui en font une femme très cultivée. Elle avoue une attirance toute particulière pour Pascal et notamment ses Pensées. C’est aussi, par conséquent, une vie d’enseignante qu’elle oriente vers la compassion, la réflexion sur les inégalités, etc.
C’est un cheminement au gré de rencontres d’hommes et de femmes religieux, mais aussi de laïcs, qui l’ont enrichie et ont nourri ses réflexions et déterminé ses choix.
En parallèle, le cheminement d’une religieuse en quête de Dieu. Un besoin de dénuement, une démarche d’humilité et de partage avec les plus pauvres pour pouvoir atteindre ce plus grand Amour.
C’est aussi un chemin de lutte, c’était une femme toute de feu, brûlant parfois tout sur son passage, avec une détermination inébranlable vers le but qu’elle avait décidé d’atteindre. Il faut inévitablement parler du bidonville du Caire vivant sur un immense tas d’ordures que la population exploite afin de survivre. Elle va amener grâce à des efforts inimaginables et une ténacité étonnante pendant plusieurs années, la recherche de financement (qu’elle avoue être la partie presque la plus facile) et en partageant la vie de ces pauvres à la construction d’une usine de compostage, à la scolarisation des enfants, à l’hygiène et à l’accès aux soins de santé, à l’émancipation des femmes en leur trouvant un travail, à la lutte contre la violence, l’alcoolisme, la prostitution et finalement à la dignité de ces personnes. C’est une aventure incroyable : « L’humanité monte en cordée. Celui qui est découragé, ne s’immobilise pourtant pas mais s’efforce d’avancer, tire et aide à monter bien d’autres avec lui ».
Mais ce qui m’a le plus touché, c’est le cheminement avant tout d’un être humain, une femme, avec de nombreux défauts, qu’elle confesse en toute simplicité et c’est un formidable message d’espoir pour tous : « J’étais obnubilée par le combat acharné contre mes défauts et comptais souvent sur mes propres efforts. Ce combat était dès lors perdu d’avance : on ne change pas de peau ! Je devais moins m’attarder sur moi-même pour me regarder, mais me raccrocher davantage à la miséricorde infinie de Dieu qui m’aime telle que je suis et me transforme dans cette relation d’amour. En un mot, compter sur Dieu et non sur moi » _ « Sentir n’est jamais mauvais, ma petite sœur, c’est consentir qui l’est » _ « Pour m’éviter tout orgueil, il m’a été mis une écharde dans ma chair… Trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter, mais il m’a déclaré : ma grâce te suffit, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Je reste en effet persuadée que ce qu’on nomme « les péchés de chair » sont les moins graves aux yeux de Dieu » _ « Je veux, une dernière fois, confesser la foi en l’homme et la foi en Dieu qui ont soulevé toute ma vie. ».
C’est un livre facile à lire. J’ai été profondément touché par les premiers chapitres qui racontent sa vie d’enfant, d’adolescente, sa vie de religieuse, jusqu’au partage de sa vie avec les chiffonniers du Caire. Ce sont, pour moi, des réflexions humaines de doute, de choix, de parcours personnel, du besoin de donner un sens à sa vie, de partage, d’humilité,… Des réflexions qui peuvent être déconnectées de la religion et qui peuvent donc résonner en chacun d’entre nous et surtout que la quête du bien-être (le plus grand Amour) s’obtient par l’effort, le travail sur soi, le détournement de soi vers les autres, le don plus que l’envie, en un mot un formidable message d’espoir pour l’humanité.
Michèle nous présente L’origine de la violence de Fabrice Imbert Prix Orange 2009 Prix Renaudot Poche 2010 343p 6€95
L'histoire : Lors d’un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie et ne cesse de l’obséder. Ce prisonnier David Wagner, est en fait son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l’autre famille, la branche cassée, celle dont personne chez les Fabre n’évoque l’existence… Au cours de sa quête, le jeune homme comprend qu’en remontant à l’origine de la violence, c’est sa propre violence qu’on finit par rencontrer…Et c’est le destin croisé de ces deux familles, deux générations plus tôt, que l’auteur découvre au fur et à mesure que se poursuit son enquête. Lorsque l’ambitieux David Wagner rencontre le riche Marcel Fabre et sa femme Virginie, il tombe amoureux de Virginie et scelle à jamais son destin. L’auteur apprend par son grand-père Fabre, les terribles conséquences que la liaison entre David et Virginie entraîna, outre la naissance d’un « bâtard » -Adrien-, David sera déporté sur dénonciation du beau-père de Virginie, en 1941, bien avant les rafles de 42, histoire de se débarrasser d’un juif qui prétend déshonorer les Fabre, une famille de riches notables. Au cours de sa quête à travers la France et l’Allemagne, dans la nouvelle vie qu’il tâche d’inventer avec une Allemande qu’il vient de rencontrer, le jeune homme se rend compte qu’on ne se débarrasse pas si facilement du passé – ni du sien, ni de celui de sa famille.
Un livre salué par la critique mais écrit dans un style inégal, parfois tellement banal qu’il en devient navrant, malgré ses ambitions.
Isabelle a lu La voleuse de livres de Markus Zusak auteur Australien traduit de l’anglais paru chez Ed.OH !2007 19€90 528p
Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l’écouter. Une histoire émouvante où il est question « d’une fillette, de mots, d’un accordéoniste, d’Allemands fanatiques, d’un boxeur juif, et d’un certain nombre de vols». Une histoire racontée par un personnage peu commun : la Mort. Une narratrice dotée d’un humour noir, sarcastique, mais compatissante aussi. Témoin de la folie des hommes, tout lui semble perdu d’avance, sauf quand se distinguent des Allemands qui n’obéissent pas aux règles et des enfants rebelles.
L’histoire : Allemagne, 1939. La Mort est déjà à l’œuvre. Liesel Meminger et son jeune frère sont envoyés par leur mère dans une famille d’adoption, à l’abri, en dehors de Munich : le père de Liesel, communiste, a été emprisonné, et Liesel a vu la peur d’un destin semblable se dessiner dans les yeux de sa mère. Sur la route, la Mort rôde autour des enfants, réussit à s’emparer du petit garçon mais c’est la petite fille qu’elle veut. Ce sera la première d’une longue série d’approches. Durant l’enterrement de son petit frère, Liesel ramasse un objet singulier pour elle quine sait pas lire, un livre, « Le Manuel du Fossoyeur », dont elle pressent qu’il sera son bien le plus précieux, peut-être sa protection. Commence alors entre elle et les mots une étrange histoire d’amour. Poussée par un incoercible besoin de comprendre ce qui se passe autour d’elle, Liesel, avec l’aide de Hans, son père adoptif, décide d’apprendre à lire. A mesure que l’histoire avance, la Mort s’empare de nombreuses vies mais Liesel et ses livres continuent à lui échapper.
L’auteur : Markus Zusak, 30 ans, est l’auteur de plusieurs livres, tous primés. The Guardian écrit « Déconcertant, intriguant, triomphant et tragique, c’est un roman à vous couper le souffle. »
Isabelle présente également Bouquiner de Annie François au Seuil 2000 198p 13€50
Dis-moi comment tu lis, je te dirai qui tu es. Tel est le petit jeu, apparemment anodin, auquel se livre Anne François. Car le plaisir de lire est un plaisir sensuel autant qu’intellectuel. Des simples habitudes de lecture aux tics dans lesquels chacun se reconnaîtra, le bonheur de « bouquiner » est magnifiquement mis en lumière par une bibliovore passionnée, espiègle et tendre. Cette « autobibliographie » a été écrite par une auteure, « sans diplômes, sans titres, sans tambour ni trompette, » qui a passé trente années de sa vie professionnelle à lire dans diverses maisons d’édition. Une passion du livre qu’elle nous donne à partager, dans un présent éternel alors qu’elle nous a quittés en juin 2009. Annie François lit au lit, dans le métro, en marchant, seule à une table de restaurant, partout, sans cesse. Pour son travail, elle corrige, retranche, annote. Pour son plaisir, elle accumule, prête, emprunte, entasse, fait des piles, les renverse, pioche sans ordre ou lit l’intégrale d’un auteur aimé ou découvert par hasard, « un butinage effréné, entrecoupé de périodes monomaniaques ».
Le bouquin est au centre de ce volume extraordinaire, mais aussi ses rituels de lecture et de rangement, de prêt et de dons, le livre qui accompagne la vie professionnelle et les vacances. L’auteure dit comment elle offre des livres, avoue sa peur d’entrer dans une librairie, à la mesure du danger et de l’envie : « je n’y vais que lorsque j’ai un livre en tête. Même dans ce cas, je ressors avec au moins 3 livres. Sinon, comme le boulimique évite la devanture des pâtisseries, je me détourne de la vitrine des librairies pour éviter des fringales d’entraînement, les achats compulsifs qui ne feraient qu’augmenter l’immense pile d’attente qui vacille près du lit. »
Bouquiner est un livre magique, stimulant, un de ces bouquin avec lequel on fait corps, dans lequel on se reconnaît trop bien, que l’on aime lire et relire, offrir, recommander.
Question d’Arlette : quelqu’un parmi nous a-t-il (elle) lu Pourquoi lire ? l’essai de Charles Dantzig ? Il serait amusant de faire la comparaison entre les deux ouvrages. Dantzig procède par élimination, en soumettant la lecture à la question. Lit-on pour soi, pour les titres, pour le vice, ou pour la jouissance ?...Par amour, par haine (« celle des écrivains jaloux de leurs confrères et des critiques jaloux de tout le monde ») ? En avion, à la plage, à voix haute ?... Je ne saurais aller plus loin, car n’ayant lu ni l’un ni l’autre, je ne peux émettre une opinion. Peut-être qu’Isabelle fera un compte rendu du bouquin de Dantzig une prochaine fois.
Isabelle, la dévoreuse, nous présente sa 3ème lecture du mois La Terre des Mensonges de Anne B. Ragde Balland traduit du Norvégien 2009 370p 22€90
L’histoire : après la mort de leur mère, trois frères que tout sépare se retrouvent dans la ferme familiale. Tor, l’ainé, se consacre à l’élevage de porcs, Margido dirige une entreprise de pompes funèbres et Erlend est décorateur de vitrines à Copenhague. Les retrouvailles s’annoncent mouvementées : la tension atteint son paroxysme lorsque la question de l’héritage amène le père de famille à révéler un terrible secret.
Ce roman est le premier d’une trilogie : le décor est planté, les portraits psychologiques des 3 frères sont passionnants. Toutefois, en réalité, à part la mort de la mère et les retrouvailles des garçons, il ne se passe rien de particulier dans ce roman ! C’est là le tour de force de l’auteure.
Le style : elle a su captiver le lecteur par son style, sa manière de décrire les situations, son sens du détail (mais pas trop), son sens du suspens aussi. Par une subtilité d’écriture dans les passages d’un personnage à un autre, l’auteur multiplie les points de vue et il faut parfois quelques secondes pour déterminer si le IL dont il est question est Margido, Erlend ou Tor…
Voici un livre dans lequel vous trouverez :
Des cochons, beaucoup de cochons !
Un croque mort qui rêve de sauna,
Une licorne de verre,
Une moitié de dentier perdu,
Des peupliers témoins d’une époque,
Une jeune fille dont le cœur bat la chamade avant un rendez-vous amoureux,
Et beaucoup d’autres choses encore qui font de cette histoire un roman plein de charme et de tendresse.
La trilogie se poursuit par La ferme des Neshov et L’héritage impossible . A suivre donc cette auteure norvégienne traduite dans 15 langues, primée en Norvège, adaptée au théâtre et à l’écran.
Corinne nous dévoile son premier coup de cœur L’Italie si j’y suis de Philippe Fusaro La fosse aux ours 2010 174p 16
L’histoire : Partir, fuir, réapprendre à vivre, loin. Une seule destination possible : l’Italie, le pays qui lui coule dans les veines sans savoir pourquoi. C’est l’été –il déteste l’été-, Sandro quitte sa femme et la France, part à l’aventure à bord d’une Alfa Romeo Guilietta Spider. Il se bâtit un personnage de fiction, chaussures blanches à la Bryan Ferry, lunettes noires à la Marcello Mastroianni. Il chante l’Italie de Christophe, pleure sur Lou Reed, songe à Ingrid Bergman et Monica Vitti, avale le temps et les kilomètres, dévore l’Italie toute entière, du cappuccino aux films de Rossellini, dont le mythique Voyage en Italie.
Du Nord au sud, de Turin à Palerme, il se défait de ses souvenirs douloureux. Perdu dans des villes dont les noms résonnent comme des poèmes ou des séquences de cinéma, Sandro admet son impuissance, met en sourdine ses échecs. L’Itaie, cette croqueuse d’histoires tristes, devient remède à l’amour. Son fils, Marino, qu’il a embarqué dans ce périple, le rappelle au monde, lui donne des leçons de tendresse. Comme le père, le gamin s’est construit un personnage de fiction, panoplie de chercheur d’étoiles, tenue incongrue de cosmonaute à le Youri Gagarine. Père et fils sont dans le même bateau, une solitude amère. Ils font route vers le Stromboli, son volcan furieux, ses plages noires, ses cendres d’où, parfois, renaissent des espoirs…
L’auteur : Fils d’immigrés des Pouilles, Philippe Fusaro a, comme son héros, l’Italie dans le sang. Il déjoue ici tous les clichés, ceux du roman d’amour, de la road-story, de la dolce vita. Il oscille avec un bel humour entre mélancolie et sensualité, rock et ciné, tubes et images, au fil d’un roman qui est comme une sérénade, une déclaration d’amour, à l’Italie.
Corinne présente son autre coup de cœur Sur les chemins de Ste Victoire de Jacqueline de Romilly Ed de Fallois 2002 188p 20€
Jacqueline de Romilly habitait Le Tholonet et de sa maison elle avait une vue privilégiée de la Ste Victoire. Elle a l’art de nous faire partager sa passion. Les collines sont sur son domaine et elle dit « Je ne suis heureuse que là, et par elles ». Elle les connait par cœur tous ces chemins car elle les a arpentés au fil des années et elle en sait tout. Ayant perdu la vue mais toujours pleine de sa Montagne, elle a conservé un optimisme intact qui est une leçon : « La solitude, on peut aussi l’appeler liberté, il faut seulement, comme pour la liberté en général, savoir la vivre ou en vivre. »
Décédée le 18 décembre 2010 elle disait d’elle-même ne pas avoir eu la vie qu’elle souhaitait :
« Avoir été juive sous l’Occupation, finir seule, presque qu’aveugle, sans enfants et sans famille, est-ce vraiment sensationnel ? Mais ma vie de professeur a été, d’un bout à l’autre, celle que je souhaitais. »
Annie a aimé Terre des oublis de Duong Thu Huong traduit du vietnamien Sabine Wespieser 2006 29€ 794p
L’histoire : Alors qu’elle rentre d’une journée en forêt, Miên, une jeune femme du Hameau de la Montagne, situé en plein cœur du vietnam, se heurte un attroupement : l’homme qu’elle avait épousé 14 ans auparavant, dont la mort comme héros et martyr avait été annoncée depuis longtemps déjà, est revenu. Miên est remariée à un riche propriétaire terrien, Hoan, qu’elle aime et avec qui elle a un enfant. Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên, convaincue que là est son devoir, se résout à aller vivre avec son premier mari.
Ce livre est un hymne à la liberté, mais également un pamphlet violent contre la guerre, qu’elle soit passée ou à venir. Au début, il est difficile de s’immerger dans une culture complètement inconnue où le devoir se place devant la liberté et le choix. Si vous êtes femme, vous vous insurgez contre la tradition imposée par la communauté et vous vous révoltez en lieu et place de Miên qui, elle, se soumet. Elle tente désespérément de se réhabituer à un homme épousé très jeune, physiquement détruit par des années de combats et d’errance dans la jungle, mû par une seule obsession, engendrer un fils. La jeune femme, nuit après nuit, vit un calvaire. Elle ne peut pas oublier Hoan qui, résigné, a fui vers la ville où, malgré ses succès commerciaux, vit un enfer. Puis vous vous attachez à la vie de ce petit hameau ; mais la description bucolique laisse place à la guerre qui explose dans l’esprit des survivants comme Bôn, devenu égoïste et malade, pitoyable et pauvre. Comme antithèse, l’auteure crée le personnage de Hoan, trop gentil, trop poli, trop parfait qu’il en est presque irréel. Miên est belle, fière et peureuse, pathétique, perdue entre les traditions et l’amour. Et puis il y a l’héritage, l’enfant… Personne n’est parfait, la guerre n’a pas son pareil pour gâcher des vies.
Plongeant dans le passé de ces trois innocentes victimes, éclairant leurs destinées individuelles par l’évocation d’une société pétrie de principes moraux et politiques, convoquant leur quotidien dans une somptueuse description de sons, d’odeurs, et de couleurs, Duong Thu Huong donne véritablement corps à son pays.
Terre des oublis, grand roman de l’après-guerre du Vietnam, est un livre magistral. A lire absolument sans craindre l’indigestion d’un pavé de 800 pages.
L’auteure : Duong Thu Huong est née en 1947 au Vietnam. Militante, elle n’a cessé de défendre vigoureusement ses engagements démocratiques, au point d’être exclue du parti communiste en 1990, avant d’être arrêtée et emprisonnée sans procès. Aujourd’hui, elle vit en résidence surveillée à Hanoï. Son œuvre est publiée dans le monde entier : Terre des oublis est son 6ème livre publié en français.
Chantal nous présente Black Gloves Sur les traces d’Ulysse de Lucien Vassal Tacussel 2010 230p 14€
Ce polar met en scène un archéologue, spécialiste de la Grèce Antique, devant remettre une pièce rare au Musée National d’Olympie et une mystérieuse jeune femme, Maria, au cours d’une croisière en Méditerranée « Sur les pas d’Ulysse ».
Chacune des étapes du voyage nous renvoie à l’errance d’Ulysse mais aussi aux errances de Maria, aux interrogations qu’elle suscite. La clé de l’énigme sera découverte à la fin du périple, à l’arrivée à Marseille.
Un moment de détente, sans plus.
Après le compte rendu touffu, et j’espère exhaustif, de cette soirée lecture, je ne me souviens plus si j’ai moi-même présenté un livre !!!!!!!!!!
Bref, nous avons terminé notre réunion en trinquant au Champagne autour de galettes, toutes meilleures les unes que les autres, dans la bonne humeur et le plaisir d’avoir partagé de bons moments de lecture.
Merci encore à Chantal et Pierre pour leur hospitalité.
Prêts de livres (je n’ai pas suivi tous les échanges) : un conseil, faites vous-mêmes les fiches de vos livres.
Isabelle : Terre des oublis (Arlette) ; Sœur Emmanuelle (Mireille)
Annie : Purge (Corinne)
Arlette : L’origine de la violence (Michèle)
Michèle : Bouquiner (Isabelle)
Je rappelle : Yvonne Le mec de la tombe d’à côté (Maryline) à mettre dans ma boîte aux lettres si tune viens pas à la prochaine réunion. Merci.
Prochaine réunion Vendredi 4 février à 18H30 chez Edmée qui apprécierait vivement de connaître le nombre de participants.
A vendredi
Toutes mes amitiés
Arlette
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