Soirée/lectures de Juillet 2010

Soirée/lectures de Juillet 2010

COMPTE RENDU DE LA REUNION DU CLUB DU LIVRE DU 2 JUILLET 2010

 

 L’ordre du jour a d’abord été consacré à La Journée du Livre. Les différentes tâches ont été distribuées . Ainsi les 2 Arbres à Mots seront disposés l’un à l’Accueil de l’APLC, l’autre devant la maison de Marie-Antoinette. Tout le monde a écrit les dictons, les maximes, les proverbes, la plupart sur les femmes. Edmée nous a lu des dictons provençaux qu’elle a traduit.

La distribution des affiches et des programmes sera organisée par Henri avec la participation de volontaires qui se répartiront les secteurs.

La balade de poneys pour les enfants sera organisée par Chantal.

Les repas des exposants seront préparés par un traiteur d’Ansouis trouvé par Chantal. Le Café Dol préparera des assiettes pour les visiteurs si possible…

 

Marie-Antoinette Vayssettes présente son coup-de-cœur

 

 

 

 

 

 

Le Silence des Livres

De Georges Steiner Diffusion Seuil 13 euros traduit et paru dans larevue Esprit en 2005

Suivi de « Ce vice impuni » de M.Crépu

Voici une remarquable diatribe sur l’avenir du livre, la lecture fruit de l’écriture demeure irremplaçable. Le CD, le portable, les SMS, les e-mails ne remplaceront jamais l’émotion, la réflexion suscitées par la présence en main d’un livre lu en silence pénétrant l’esprit, le cœur, éveillant la conscience. Ne nous laissons pas dévorer par la société du spectacle (G.Debord).

Antigone vit toujours dans le cœur des rebelles, le petit Marcel, à la Recherche, au fond de son jardin lit, salue sa famille et retourne à son livre. Son œuvre « A la recherche du Temps perdu » prend aujourd’hui toute sa valeur. Les manuscrits de la Mer Morte à Qumrân nous livrent des textes de 700 ans avant Jésus-Christ du prophète Isaïe qui ont préfacé la Torah. Catulle, ce poète latin (87 av JC) demandait : « Cui domo lepidumnovum libellum ? » (Le don d’un nouveau livre est-il léger ?)

Georges Steiner souligne la permanence sans cesse menacée et la fragilité de l’écrit en s’intéressant paradoxalement à eux qui ont voulu -ou veulent- la fin du livre. Son éblouissante approhe de la lecture va de pair ici avec une critique radicale des nouvelles formes d’illusion, d’intolérance et de barbarie produies au sein d’une société dite éclairée.

Cette fragilité, répond Michel Crépu, ne renvoie-t-elle pas à un sens intime de la finitude que nous apprend pécisément l’expérience de la lecture ? Cette si étrange et douce tristesse qui est au fond de tous les livres comme une lumière d’ombre.

Notre époque est en train de l’oublier. Jamais les vrais livres n’ont été aussi silencieux

 

 

Geneviève Chaignot nous a présenté

 

 

 

 

 

 

                      Allegra de Françoise Mallet-Joris Grasset 1976

 

Allegra raconte l’histoire d’une famille sous la domination des femmes d’origine corse et qui sont des mères. Allegra Santoni- la grand’mère qui tente de mener la famille dans la bonne voie ; Vanessa sa fille, épouse d’un médecin et mère à son tour de 3 filles : Paule, Josée et Allegra. Cette dernière, esthéticienne chez sa sœur ainée Paule, mariée récemment donne tout son amour à un enfant muet et arriéré, né d’un inceste, nommé Rachid. Son mari devient jaloux de ces 2 êtres qui s’entendent si bien. Enceinte, Allegra repousse sa grossesse qu’elle n’a pas vraiment voulue. Elle se fera avorter et en mourra.

Ce roman de femmes, où les hommes ne tiennent que des rôles secondaires, excelle par ses analyses psychologiques de l’âme féminine. Allegra la grand-mère et Vanessa la mère dirigent la famille mais refusent l’émancipation des filles de cette famille.

Allegra constitue l’histoire d’une tentative de libération d’une jeune femme emprisonnée par le conformisme et les traditions familiales. Alors qu’elle vient de se marier, on lui prédit un avenir à son image, calme et souriant. Il suffira d’un gosse de 4 ans, arabe, muet, abandonné des jours entiers dans la cour de son immeuble pour changer son existence. Entre cet enfant qui se tait et cette femme qui se cherche nait une passion merveilleuse ; leurs après-midis sont des aveux, leurs promenades des chansons et des aventures. Ils demeurent hors du monde, autour d’eux pourtant tout s’écroule et change.

L’émancipation de la femme est sans aucun doute le thème principal du roman-la femme soi-disant la plus soumise est aussi la plus indépendante. Elle est la femme-mère qui se propose de guérir et sauver par son amour un enfant handicapé qui n’est pas le sien et…arabe ! en refusant de donner la vie elle-même, elle se détruit elle-même et préserve cet amour de toute souillure.

Cette œuvre dense a fixé quelque chose de plus qu’une histoire : le désarroi d’une société à la dérive dont Allegra et les siens sont les saisissants reflets.

 

Philippe nous a présenté

 

 

 

 

 

 

 

    Indian Creek de Pete Fromm « Un hiver au cœur des Rocheuses »

     Ed. Gallmeister 272p - 22,90euros

 

« Après le départ des gardes, la tente quenous avions dressée me paru encore plus petite. Je me tenais devant elle, et un frisson que je croyais dû à une bourrasque me parcourut le cou. Allais-je vraiment vivre là-dedans désormais ? Seul, durant tout un hiver ? Je jetai un coup d’œil vers la rivière sinueuse, entre les parois sombres et accidentées du canyon qui découpaient déjà le soleil de ce milieu d’après-midi. Il n’y avait rien au-delà de ces murs de pierre et de verdure, si ce n’est les étendues sauvages d la Selway-Bitterroot, à l’infini. J’étais seul, au cœur même de la solitude. »

Ainsi débute le long hiver que Pete Fromm s’apprête à vivre seul au cœur des Montagnes Rocheuses, et dont il nous livre un témoignage drôle et sincère, véritable hymne aux grands espaces sauvages. Indian Creek est un passionnant récit d’aventures et d’apprentissage, d’une drôlerie irrésistible et d’un réalisme cruel. L’écriture, modeste et vivante, avance au rythme du marcheur, les yeux levés vers le ciel, les pieds enfoncés dans la neige épaisse. Ce classique contemporain a établi Pete Fromm comme une des grandes voix de l’Ouest qui, loin de vouloir en faire un manifeste ni même une leçon à la façon du Walden de Thoreau, nous relate son épopée d’une manière extrêmement claire et sincère. Un bon livre.

 

Arlette nous a présenté

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Les Elles de l’Islam Bleu de Nora Mekmouche-Catherine Meyer-Samiha Dr

                                               Cris écrits 2005 168p 15 euros

 

 

Un livre à écouter, car 15 femmes ont choisi de se raconter, 15 femmes d’aujourd’hui, de tous âges, et qui entretiennent chacune un lien particulier avec l’islam. Elles évoquent leurs origines, leur parcours, les relations fortes qu’elles entretiennent avec leur milieu familial. La plupart sont nées en Algérie et vivent en France depuis longtemps. Aujourd’hui toutes vivent à Marseille. Elles ont accepté de livrer une parole personnelle, de dire leur vie car elles ont besoin d’être écoutées à un moment où l’histoire de notre société française multiraciale s’édicte en lois. Pour ou contre le port du voile, pour ou contre la burka, sont autant de sujets qui stigmatisent leur différence et les débats animés autour des mots « femme » « islam » « France » les enferment dans des clichés qui les condamnent toutes.

 

C’est aussi un livre à regarder car elles ont dévoilé leur intimité devant le regard de la photographe Catherine Meyer ou celui de la dessinatrice Samiha Driss. Ce rapport à l’image est problématique puisque l’islam interdit la représentation figurative. D’où l’utilisation du flou en photo, certaines se montrent de dos, d’autres n’offrent à l’objectif qu’une partie du visage, mais l’ensemble mène à la construction du récit de chacune, selon ses convictions.

 

Dans tous ces récits la même réflexion s’impose : elles s’accordent à souligner que les hommes musulmans se servent de la religion pour revenir à un machisme traditionnel qui autorise et surtout légalise l’enfermement de la femme. Toutes racontent leur soif de connaissance, de savoir : par exemple Zéphora dit : « Je pense que pour la femme en islam, le problème le plus important est celui de la connaissance. On ne la laisse pas accéder à la connaissance pour ne pas qu’elle s’affirme ou se révolte ». Pour elles, ce n’est pas l’islam qui pose problème, mais ceux qui l’interprètent. Safia dit « on a un seul Coran, mais chacun le lit comme il veut. » Halima, la Comorienne confirme : « je ne supporte pas le pouvoir que les hommes s’octroient : chaque fois qu’ils veulent quelque chose, ils transforment la religion pour l’obtenir. Ils coupent les phrases du Coran pour mieux s’en servir. »

Elles sont unanimes pour affirmer que seule la connaissance du Coran peut leur apporter la liberté de vivre leur religion sans les contraintes de la tradition imposées par les pères, les frères et les maris.

Et il ressort que le problème du voile n’en est pas un : celles qui le portent le font par conviction, d’autres pensent qu’il symbolise la soumission, et Sonia dit qu’elle porte le voile sauf lorsqu’elle franchit les portes du lycée, car « elle ne veut pas se priver du savoir pour un voile » et elle respecte la loi française.

 

Voix de femmes, voix multiples et attachantes : toutes disent les espoirs, les combats, les revendications, et plus encore leur fragilité.

 

Pourquoi j’ai choisi ce livre ? pour son titre que j’ai aimé et qui m’a intriguée. Pourquoi l’Islam bleu ? Le symbole des 4 couleurs qui évoquent dans l’islam les 4 matières rouge=feu/jaune=air/vert=eau/bleu=terre, cad les terres de l’islam (la maison de l’islam dar al-islam) placées sous gouvernement musulman.

Et le bleu turquoise des mosaïques utilisées dans la décoration des mosquées, des madrasa (écoles coraniques) et des mausolées. On pense à La Mosquée Bleue d’Istambul, dans le Détroit du Bosphore, face à Sainte-Sophie.

 

Un beau livre.

 

 

A noter notre prochaine réunion du Club du Livre MARDI 3 AOUT A 19H AU PRESBYTERE

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